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| Affiché à 9:25 p.m., le 13 décembre 2001 |
Le Monde.fr
| "En deux mois, j'ai assisté à l'exécution d'environ
cinquante personnes" |
| Le Monde / 11.12.01 / 12h34 |
Le témoignage, dont nous publions les principaux extraits, a été rédigé en octobre
2001 par un membre de la nouvelle police haitienne (PNH), affecté dans un commissariat de
la capitale, Port-au-Prince. Il a été receuilli par un diplomate - par l'intermédiare
d'un Haitien, ami de ce policier - qui l'a remis au secrétaire général de
l'organisation Reporters sans frontières, Robert Mènard, lors de son séjour en Haiti du
20 au 24 novembre.
Depuis deux
jours je respire enfin ... Pour une fois, on n'a tué personne à Port-au-Prince. Je suis
policier. J'ai intégré la nouvelle force de police (PNH) en 1995. Je suis de la
troisième promotion. Je ne suis plus fier d'être policier, je me demande souvent ce que
je fais encore dans cette institution ... Mais je suis pris au piège. Je suis
actuellement affectè à une brigade spéciale de mon commissariat. Il s'agit de l'un des
cinq commissariats communaux de la zone métropolitaine de Port-au-Prince.
"Depuis
le lancement du mot d'ordre "Zéro tolérance" par le president de la
République, Jean-Bertrand Aristide, je vis un cauchemar. Le 24 juin, je me rendais au
commissariat pour prendre mon service (de 19 heures, jusqu'au lendemain 6 heures). En
arrivant je suis sorti dans la rue avec un groupe de cinq autres policiers, pour
patrouiller dans l'un des secteurs assignés. Comme d'habitude, nous avons effectué
principalement des opérations de contrôle et de fouille des véhicules. Vers 23 heures,
nous sommes rentrês au commissariat pour une pause.
"Vers
minuit, mon chef de groupe nous a convoqués pour sortir á nouveau. Trois individus
menottés avaient été placés à bord de notre véhicule, a l'arrière du pick-up. Je
faisais partie des trois policiers positionnés pour les surveiller. J'ai demandé à l'un
de mes collègues où nous allions et ce que nous allions faire. Il m'a répondu sur
Arrivés dans un quartier désert, le chef de groupe est alors descendu du véhicule et un
autre collègue nous a distribué des sacs de plastique noir. Ce même collègue a couvert
lat tête d'un premier prisioner qui a commencé à hurler de terreur. Les deux autres ont
tenté de se debattre mais ils ont vite compris que cela ne servait à rien. En quelques
secondes les trois hommes étaient allongés sur le sol, baignant dans leur sang, ils
venaient de recevoir chacun une balle dans la tête. J'ai vomi ... J'ai pleuré ...
L'opération "Zéro tolérance" venait de commencer. Il n'y avait aucun témoin.
Nous sommes rentrés calmement au commissariat, sans parler.
"A partir de cette
nuit-là ma vie a changé. J'ai passé quelques jours sans pouvoir dormir. Je me suis
confié à personne. Chaque soir, dans mon commissariat, comme dans les quatre autres de
la capitale, nous procédons ainsi à des vagues d'opérations pour neutraliser des
individus suspectés d'appartenir à des bandes de malfrats.
"C'EST
DEVENU UNE ROUTINE"
"Ils
sont arretés, généralement détenus pendant quelques heures; ils ne sont pas mis en
garde a vue comme l'exige la procédure, mais enfermés dans un endroit discret. A la
nuit, l'une des patrouilles de service se charge de faire le nettoyage. C'est devenu une
routine. Je n'ai jamais été contraint d'appuyer moi-même sur la gêchette. Il y a des
collègues experts et toujours volontaires pour ce sale boulot. Quant je suis de service
la nuit, je trouve le moyen de disparaître quelques instants au moment de la pause qui
précède les sorties macabres. Mais, en deux mois, j'ai quand même assisté et donc vu
de mes propres yeux l'éxécution d'environ cinquante personnes.
"Qui
sont ces victimes? Des suspects, des gens qui n'auraient pas dû se trouver à un endroit
donné, dans un moment précis. L' opération ne doit laisser aucune trace ... Les
victimes sont laisssées sur les lieux de leur exécution. Le lendemain, une autre
patrouille procède à la levée des corps.
"Il y
a quelques mois, les policiers ont été investis de pouvoirs de police judiciare et on ne
s'embarrasse plus de juge de paix pour de tel cas. La PNH procède seule à la levée de
corps. Il y a maintenaint un formulaire très simple à remplir et nous disposons d'une
ambulance afffectée à ce seul service. Il est même arrivê que l'ambulance se charge
des deux opérations: le transport des victimes vivantes sur le lieu de l'exécution et le
transport des corps à la morgue de l'Hopital général [...].
"Comme presque tous les policiers en Haiti, il est vrai que j'ai moi-même exaspéré
de voir tant de criminels en liberté. Auparavant, nous procédions régulierèment à des
arrestations et sous nous nos yeux, quelques instant après, ils étaient de nouveau dans
la nature, libérés par une justice corrompue et/ou avec parfois la complicité de
certains policiers. Mais, aujourd'hui, ces exécutions ne resoudront pas le problème.
"TOUTE
LA SOCIETE EST COMPLICE"
"Les
citoyens et les dirigeants politiques sont-ils conscients des dangers de telles méthodes?
En fait, toute la societé est un peu complice, mais peu de gens imaginent l'ampleur de
cette opération. N'importe qui peut en être victime et tout temoin de loin ou de près
est généralement éliminé. La communauté internationale et les dirigeants des
meilleurs corps de police du monde (Etats-Unis, France, Canada) qui ont investi tant
d'argent et d'énergie dans la nouvelle police Haitienne sont-ils conscients de la
catastrophe actuelle? Après tout ce que j'ai vu, comment vais-je pouvoir transmettre à
ma fille des principle de justice et de respect d'autrui?
Aujourd'hui je
suis pris au piège: je ne peux pas facilement laisser la police; il y a beaucoup de
bandits qui me connaissent. Je crais aussi certains de mes collègues et certains
supérieurs. Je ne peux pas non plus facilement dénoncer se qui se passe. Oui j'ai peur,
mai tout cela ne peut plus durer ..."
| Affiché à 1:35 a.m., le vendredi 9, novembre 2001 |
| Lettre ouverte a l'Organisation des Etats
Americains |
Cela fait un peu plus d'une annee (plus precisement 14 mois) que j'ai sollicite votre
morale a travers la Commission Interamericaine des Droits de l'Homme pour vous prononcer
sur les abus electoraux perpetres en 1997 et 2000 par le regime haitien et dont j'ai ete
personnellement vivtime. Vous aviez juge ma requete irrecevable, ne tombant pas dans la
logique de votre agenda pour Haiti. Et pourtant dans votre propre manuel (CIDH/OEA) sur
les droits, il est clairement stipule en 23e et 25e positions: <<Droit de participer
aux affaires de l'Etat ... Droit a la protection judiciare contre des violations des
droits fondamentaux.>> Ces droits et bien d'autres sont regulierement foules
aux pieds en Haiti, et vous y assistez avec une passivite tout a fait deconcertante.
Il est evident qu'aujourd'hui
le monde n'est pas ce qu'il etait jusqu'au debut du mois de septembre de cette annee, et
que, pour vous, la situation haitienne est devenue bien secondaire: vous etes surtout
preocupe par le role qui doit vous etre devolu dans ce nouvel ordre. D'autant plus que
vous avez echoue lamentablement dans ce qu'il convient d'appeler: le dossier haitien. Vos
observations, vos commissions, vos reunions et vos missions en Haiti, on se demande a quoi
elles servent. Voila, deja, quatre ans en Haiti que cela dure.
Votre cote
d'amour qui, deja, n'etait pas trop reluisante, s'est particulierement emaciee. Le Wall
Stree Journal (quotidien new yorkais) du 6 juillet 2001 dit ceci: "M. Aristide's
times-tested practices of greasing the wheels in Washington has Haitians cynical about any
OAS agreement with him. On June 18, a spokesperson for the Haiti's strongest opposition
alliance, Democratic Convergence, accused OAS negotiator Luigi Einaudi of working with
Aristide."
Comment apprehender le
texte de Bobby M. en date du 23 juin 2001, intitule Diplomatie de la Corruption dont
voici: un extrait "Un certain docteur Frantz Lalanne du parti Fanmi Lavalas raconte a
Port-au-Prince que Luigi Einaudi a ete achete pour 3 millions US ... Personne ne comprend
le comportement de Luigi Einaudi dans le passage (sic) de la resolution de Costa Rica sur
Haiti mettant de cote la societe civile, les parties politiques et endossant totalement
Aristide"?
A la meme
epoque, George Fauriol du Center for Strategic and International Studies, base a
Washington, a ecrit a peu pres dans la meme veine: "Many have forgetten that an
earlier Haitian proposal endorsed by the democratic opposition and civil society groups
had been to repeat all elections (local, municipal and, parliamentary) in 2002 in exchange
for recognizing the legitimacy of Aristide's presidency. Why the OAS-Caricom accepted less
several months later and packaged it in a complicated electoral calendar is
troubling?"
Deja, dans le journal Miami
Herald du 20 octobre 2000, l'ex chairman de la Commission des Affaires etrangeres au senat
des Etats-Unis, Jesse Helms, avait signe un article dans lequel j'ai releve ce paragraphe
qui vous concerne: "The Clinton administration has wasted more than 30 million on a
succession of flawed and fraudulent elections. Instead of acknowledgement and fixing
problems, the administration and biased OAS observer missions pushed Haitians to settle
for farcical processes, discrediting democracy itself."
Moi, je me
contenterai de dire que vous devez avoir votre propre contentieux avec le regime puisque
vous avez note de graves irregularites dans les elections que vous avez observees; Orlando
Marville, votre representant officiel au cours du deroulement de ces dites elections,
n'a-il pas ecrit dans le journal the Nation de Barbades que les resultats ont ete
doublement truques? Bourrage d'urnes et mauvais comptage du pourcentage des voix, a-t-il
affirme: "His spokesperson in the Senate indicated that the population is being
squeezed as a result of an international blockade of aid to Haiti. Interestingly, Aristide
was informed that this would happen if he did not observe the property of having a run-off
in a number of elections where, after the vote count, his minions had changed the numbers
first and then miscalculated the numbers so as to gain 50% plus one majority for his
chosen."
Avec l'existence d'un tel
contentieux, a ce jour, non-vide, quel est l'avantage de vouloir etre neutre? Leon Manus,
le president de la Commission Electorale n'a-t-il pas, lui-meme, declare que ces elections
et leurs resultats n'ont aucune valeur legale? Vous voyez qu'il y a pas mal de questions
qui meritent reponse. Malgre tout, je n'ai pas l'intention de vous accuser de tous les
peches; je veux meme vous accorder le benefice du doute, meme quand vous etes ferme les
yeux devant les atrocites de toutes sortes commises par le regime: peut-etre que vous avez
bonne intention, peut-etre que vous avez bien voulu qu'en Haiti une solution soit trouvee.
Si je vous ecris aujourd'hui, c'est plutot pour faire avec vous un constat et tirer les
consequences.
Il nous
faut commencer par admettre de faits importants dans le dossier haitien. Le premier est
que, pour avoir voulu menager la chevre et le chou, vous vous etes fourre dans le petin.
Le second est que le regime en place est condamne a tout mal faire afin de se maintenir le
plus possible au pouvoir. Ce ne sont pas les preuvres qui manquent: arrestations sans
mandat, simagres d'arrestations avec accusations farfelues de detention d'armes, deni de
justice etc. En outre, la corruption a gangrene tous les coins et recoins de
l'administration. Les scandales de tous genres se sont multiplies a un rythme jamais vu en
Haiti. Il nous soffrait de tenir compte des declarations et accusations des gens du regime
eux-memes. Que ce soit au niveau des collectivites territoriales ou l'on a realise qu'il
s'agit de bandits de grand chemin qu'on a places a la tete de nos municipalites
(Port-au-Prince, Hinche, Saint-Marc, Coteaux, Cayes, Jacmel, Milo, etc.) Qu'il s'agisse
des parlementaires installes a la faveur d'elections frauduleuses. Qu'il s'agisse des
hommes et femmes de l'executif: Le Premier ministre a lui-meme denonce d'intolerables
malversations dans son propre gouvernement. Ce meme Premier ministre est denonce par des
parlementaires pour cause d'enrichissement illicite. (Vous le savez, tous les
parlementaires sont de la meme famille politique, comme au temps de Papa Doc.) Pour ce qui
concerne la securite publique, la police, la justice, n'en parlons pas!
Dans cette
situation terriblement critique, vous n'etes pas en mesure d'apporter une quelconque
solution, et disons-le sans ambages, il y a un choix qui s'impose:
Laissez-nous donc, a nous Haitiens,
notre propre dossier. Laissez-nous trouver notre propre solution.
Si vous avez bonne
intention vis-a-vis d'Haiti, comme j'ai tendance a vous le conceder, vous avez interet a
tirer la reverance. En se faisant, soyer assure que cesseront les faux espions nes des
fausses et interminables negociations, et les Haitiens ne manqueront pas de trouver la
solution. Depuis plus de deux cents ans (1791-2001), ils ont toujours su se debarasser de
leurs bourreaux. Les bourreaux venus de l'exterieur, tout comme ceux de interieur. (A
suivre.)
| Affiché à 2:07 a.m., le dimanche 4 novembre 2001 |
| COMBIEN DE VICTIMES LAVALAS EMPORTERA-T-IL DANS
SA CHUTE? |
| Port-au-Prince le 3 novembre 2001 |
Ce n'est pas par hasard que le regime Lavalas a commemore le 195e anniversaire de la
mort de l'Empereur Jean-Jacques Dessalines avec un eclat exceptionnel. En faisant
applaudir le slogan dessalinien <<Koupe tet boule kay>> Lavalas reitere son
appetit du feu et du sang a l'adresse des heritiers et des allies directs ou indirects de
l'Europe coloniale et de l'Amerique imperialiste. Symbole de la salete a sa naissance,
Lavalas s'est definitivement assimile au terrorisme.
Le mouvement insurrectionnel qui commence a Cite Soleil, Bel Air, La Saline, Delmas,
Portail St. Joseph, Portail Leogane, Martissant et qui s'etant vers les villes et les
bourgs de tous les departements geographiques du pays enleve le sommeil au noyau dur de
Tabbarre. Ce dernier etudie une formule devant lui permettre d'engloutir le maximum de
tetes d'adversaires, d'ennemis et de partisans refroidis. Il prepare une pseudo
manifestation de militaires demobilises et achete a grand renfort de dollars quelques
partisans d'hier et d'adversaires d'aujourd'hui pour creer la confusion totale et monter
un nouveau scenario de coup d'etat. Ce double mouvement synchronise doit ouvrir la voie a
un massacre des membres de l'opposition et tout particulierement ceux de la Convergence
Democratique. Les Organisations des Droits de l'homme ont deja denounce ce plan macabre.
Lavalas est pret a investir plusieurs millions de dollars pour corrompre, empoisonner et
tuer sans pitie a l'interieur et a l'exterieur, a tous les niveaux diplomatique,
consulaire, politique, commercial, industriel. Il veut que le dernier tableau de la
tragedie haitienne soit le plus terrible de l'histoire universelle. Qui suivra?
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